Quand Vint Cerf souhaite un web plus sérieux et régulé

vinton cerf small, by arul prasadSi l’un des « pères d’internet » parle, on l’écoute avec attention voire respect. L’Américain Vinton Cerf -Vint pour les intimes- inventeur du protocole TCP/IP (le socle informatique du web mondial) et œuvrant chez Google depuis 2005 comme « chief evangelist », est de cette catégorie. Malgré ce pédigré de haute voltige, il formule ces derniers temps une analyse lucide et méthodique sur les nouvelles technologies et les start-ups qui les portent. Signe d’un contexte en voie de profond changement?

vinton cerf high, by arul prasadS’exprimant en février dernier sur la question de leur financement, Vint Cerf prônait en fait le développement de start-ups maîtrisant mieux leur business model dès l’origine. Mais aussi des start-ups appréhendant mieux leur « time to market », la commercialisation de leur idée ou de leur prototype de génie. Cet effort devant en conséquent motiver davantage les investisseurs à prendre des risques… plus mesurés, plus assurés. Ce qui veut dire aussi, quelque part, d’imaginer des produits et services plus réalistes, plus directement transformables en activité pérenne. Serait-ce un appel à la sagesse et à la raison?

Fin septembre, Vint Cerf enfonçait le clou de la sagesse en donnant son soutien à un projet de loi aux Etats-Unis, qui porte sur la régularisation de l’accès à internet. Pour lui, rapporte le site ComputerWorld, des règles ne sont pas incompatibles avec la liberté d’accès au web : au contraire, elles permettront de le vivre dans de meilleures conditions. Car elle vise dans son idée le fait de « veiller à ce qu’un fournisseur d’accès Internet ne puisse pas empêcher un accès équitable à tout fournisseur d’application en ligne sur Internet« . Une adaptation discrète, au terrain technologique, du bon vieil adage selon lequel la liberté ne se conçoit que dans un cadre préalablement défini, à défaut d’être une pure anarchie.

Business plus sobre, règles plus claires… Faut-il tout simplement désormais organiser mieux les choses de la Toile? Ce que l’on nomme souvent la tentation du back to basics? Il est vrai qu’a contrario de la crise affrontée en 2001 (suite à l’e-krach des valeurs internet) et assez vite résorbée finalement, Cerf n’envisage pas de retournement positif… avant 2011! C’est pour lui une crise sévère qui a débuté fin 2008, et à laquelle il va falloir s’adapter. Sans doute en développant une attitude radicalement différente.

Sérieux, mais dans les étoiles!

Mais, chasser le naturel et il reviendra… etc, etc. Vint Cerf se « défoulait » quand même par la suite lors de la conférence suisse « Lift », spécialisée sur le web 2.0, rapportait la Tribune de Genève en mars dernier. Dans un grand bon en avant, il reprenait alors son rôle de gourou prophétique, pour évoquer… l’internet de 2035! Qui serait par exemple un internet spatial entre les planètes, puis entre les systèmes solaires, à redesigner en tenant compte de nouvelles contraintes énormes de circulation des messages et des données (le fameux problème des distances).

Finalement, ça ne mange pas de pain, c’est situé assez loin devant nous, l’expert ne prend donc pas trop de risque dans sa vision du futur. On objectera juste au très américain Cerf qu’il faudra quand même d’abord que son pays -ou un effort international certain- relance un programme concret de conquête spatial et planétaire, un peu en rade depuis celle de la Lune (dernier vol exploratoire humain en 1972). Ce qui laisse du temps avant de réfléchir à la logistique de communication qui permettra aux « métiers » spatiaux de s’exercer en toute tranquillité.

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