Salesforce.com : le précurseur du 2.0… contraint d’y revenir

Marc Benioff, suit la mode des SN avec Chatter (photo Ribbit Voice sur flickr.com)

Marc Benioff, suit la mode des SN avec Chatter (photo Ribbit Voice sur flickr.com)

On l’oublie, mais mieux que tous les éditeurs du web 2.0 réunis, une entreprise de logiciel américaine avait tôt vu les potentialités de l’informatique distante et des services à la demande : l’Américain Salesforce.com. Spécialisée sur le CRM (la gestion de la relation client, dans la langue de …), elle a été fondée par un ancien d’Oracle, Marc Benioff. C’est déjà le premier pied de nez massif de ce projet, qui n’a jamais voulu que se distinguer des mastodontes de l’édition de progiciels. Les Oracle, SAP, IBM, Sage, etc.

Son point fort? La simplicite. Un login/password, et le commercial d’où qu’il soit dans le monde disposait sur son ordinateur portable d’un logiciel complet de gestion. La révolution à l’époque, je veux dire période ante 2005…

L’entreprise taille ainsi sa route depuis un moment, au point de dépasser il y a peu le milliards de dollars de chiffre d’affaire annuel, souligne même une dépêche AFP. A sa dernière convention DreamForce forte de 19 000 participants (un record dit-on), elle a affiché une santé insolente : sans rentrer dans les détails, retenons comme le site financier MarketWatch.com, que la société « double ses bénéfices alors que ses abonnées augmentent« . Ce alors alors que l’entier secteur de l’informatique d’entreprise encaisse les baisses d’investissement induites par la crise…

Salesforce.com goes 2.0 (again)!
chatter

C’est donc d’autant plus drôle de voir que ce précurseur des champions du 2.0 ait aujourd’hui… à intégrer une de ses fonctionnalités coeur : le réseau social! Et à le faire savoir avec tambours et trompettes. Elle qui avait justement tout fait, à un moment, pour se faire oublier en tant que service web, afin d’être compris des finalement très conservatrices DSI (directions des systèmes d’information)… Ainsi de l’outil Chatter, qui n’est pas qu’une sorte de Twitter pour l’environnement de l’entreprise. Comme souvent, le produit est accompagné de sa définition conceptuelle qui claque, une « baseline » audacieuse et qui ratisse large : ici c’est le « social cloud computing« . Vous avez saisi le truc? Une dose de social media, une mesure de cloud computing, secouez au shaker et servez frais!

chatter 2Le seul visuel choisi pour personnifier Chatter -le gadget machoire- laisse songeur sur le message marketing que veut faire passer Salesforce.com… Une moulinette à blabla? Un gadget de discussion en réseau? Un bidule sautillant et frénétique? Le concepteur du logo « no software » a peut être vu trop « fun »… Pas sûr que cela parle clairement aux petites et moyennes entreprises, qui ont fait le succès de l’entreprise à ses débuts, notamment dans un contexte de crise qui force aux investissements uniquement vitaux. Et ce même si les réseaux sociaux sont une préoccupation croissante des entreprises, et aussi un soucis de gestion informatique.

Question : comme en son temps IBM et son Sametime (pour les messageries instantanées), Salesforce.com pourra t-il corriger les habitudes déjà prises par les travailleurs, de doublonner leur informatique métier par des services externes plus souples? Et de quitter leurs réseaux sociaux favoris pour prendre celui, privatisé et contrôlé, développé sour Chatter? Même si on nous y promet ici la plateforme social machin killer absolue? C’est peu sûr.

Tout l’enjeu est là, qui est aussi celui de se positionner sur le web 2.0 et ses concepts clés, au sein de l’informatique d’entreprise, et donc aussi au sein de l’offre Salesforce.com. Et c’est une autre leçon ici, que de voir finalement Salesforce.com faire comme les autres. Comme ces « vieux » éditeurs de logiciels qu’elle raillait jadis pour leur lourdeur et leur manque de vision : elle met à son tour, comme eux, un coup de ripolin marketing sur son offre existente, en sentant le vent, en flairant le filon qui fait buzzer. Bref, de précurseur elle deviendrait suiveur, comme le sanctionne avec justesse BusinessWeek, pour qui Salesforce « rejoint un marché déjà encombré« . Dans cette logique, le site Neteco a eu le titre juste  : « Avec Chatter, Salesforce imite les réseaux sociaux« .

Mais « suivre, « imiter » suffira t-il pour briller au firmament de Wall Street, et obtenir des résultats concrets? Et finalement faire entrer les outils collaboratifs dans l’aire des offres bankables? Le blog BrainStormTech d’Adam Lashinsky, sur CNN Money, a la dent encore plus dure à l’endroit du fondateur de Salesforce.com : « Marc Benioff, l’homme qui a inventé le Cloud Computing au moins autant que Al Gore a inventé l’internet…« . Ambiance.

Pour prolonger :

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