Un axe de compréhension fort de nos usages numériques verse dans une socio-phsychologie de la consommation. Elle tient dans la boulimie et la frénésie. On veut toujours en ajouter plus, doubler la mise, se gaver pour le dire communèment. Ainsi dans les professions du web, il était de notoriété de dire (et montrer de visu à tout visiteur) qu’un « bon pro » se doit de posséder au moins deux écrans sur son bureau : un grand plus un petit. Et de zapper de l’un à l’autre sans arrêt, avec une dextérité proche de celle de l’alien en mode snipper. Les cartes graphiques (traitant les signaux images et vidéos) se sont même adaptées à cette donne, pour en optimiser la pratique. Mais il y a mieux désormais : les appareils comportant eux-même, nativement, plusieurs écrans…
Cette démultiplication a d’abord pris pour terrain les téléphones mobiles. Vous vous souvenez? Nos vieux mobiles à clapet dépliables, ont eu à un moment un écran principal, puis un autre secondaire et plus petit sur le dos même du clapet. Juste pour le plaisir d’y afficher l’heure ou le numéro de l’appel entrant… Juste pour faire joli. Puis las, les clapets ont disparu au profit des sliders (coulissant) et enfin des tactiles.
Puis ça a été au tour des appareils multimédia de posséder deux écrans : sur un appareil photo par exemple, comme le ST550 de Samsung, un écran de visée sur l’avant, pour faciliter les « auto prises » de vue. Vous savez, ces photos marrantes qu’on prend en amoureux sur une plage, l’un tenant l’appareil à bout de bras.
L’informatique plus classique se pique désormais de ce jeu du dédoublement. Et sur au moins quatre voies différentes, quatre technologies :
- le deuxième écran intégré :

L’idée n’a pas vraiment pris auprès du public, mais elle a d’abord été celle d’Electronic Keyboards (un autre écran rangé sous le clavier!), puis celle plus raisonnable de Fujitsu avec le N7010, inspirée un peu des petits écrans tactiles installés sur les imprimantes;
- le portable double screen « dépliable » :

Tendance que j’avais repérée dès janvier 2009 lors du CES de Las Vegas, et sur le modèle W700 DS de chez Lenovo. Mise à jour intéressante : le concept semble avoir évolué vers celui de deux écrans de même taille dépliables de part et d’autre, par exemple avec le gScreen, de la société éponyme montée par une certain Gordon Alan Stewart, dont on entend parler depuis l’été dernier.
- le portable double screen « tactile » :

D’abord à l’état de projet de designer, ce modèle voit sa zone de clavier devenir un grand écran tactile. Intérêt : plus de mécanisme, moins d’usure donc même si l’on y perd sur la fragilité de l’appareil (potentiellement deux écrans cassables…). Sans doute un projet de design qui devrait intéresser des habitués du domaine comme Apple.
- l’hybride à double fonction :

Cet appareil, « L’enTourage eDGe », est à la fois un eBook et un netbook, comme le révèle le gadget lab de Wired.com dans le cadre du CES 2010. Avantage : recréer les conditions d’une lecture de type « livre ouvert », chère aux défenseurs de l’imprimé.
Reste à faire sortir ces appareils de la catégorie des gadgets pour celle des besoins réels, et notamment professionnels. Avec toutes les contraintes que cela suppose. Un exemple parmi d’autres qui me vient à l’esprit : l’usage d’un portable dans le train, vu le peu de place sur les tablettes des sièges, ne permet pas de déplier d’écrans secondaires trop importants… En revanche, un plus petit écran latéral concentrant par exemple les logiciels de communication (téléphonie, chat, Twitter…) pourrait avoir du sens. Et libérer l’écran principal de ces tentations permanentes…












