Parfois, l’évidence d’une réflexion vous frappe au coin du bon sens, sans que vous ne l’ayez vu venir. Et notamment sur les sujets technologiques et informatiques, si souvent cantonnés à leurs codes et verbiages, à leur tropisme compliqué. J’en ai entendu une de type hier à La Cantine, dans la bouche d’un responsable de ressources humaines revalorisant l’écriture grâce à la pratique des réseaux sociaux…

L'un des débats de l'évènement "Remix La Cantine", le 26/1 (photo jp.govekar)
Il m’est arrivé cela, hier, lors d’un débat du Social Media Club à La Cantine, pour l’évènement « Remix La Cantine » : qui repassait en revue les tendances, thèmes, idées brassées en ce lieu d’échange. Lors de la séance de questions, sur ce débat traitant de la « fragmentation de l’information », un monsieur a pris la parole. Je dis bien « monsieur » car d’apparence, il appartenait à la catégorie des managers quinquas.
Celui-ci s’est d’ailleurs présenté comme un responsable RH, tôt converti à la culture technologique et internet, qui ne lui a jamais fait peur, selon ses termes. Sa vision du web 2.0 et des réseaux sociaux? « Je leur dit merci, car ils forcent à repenser à l’écriture. Je le vois aussi avec mes enfants. Pour être un bon influent sur le web, il faut savoir écrire et se faire comprendre« . One point, bien vu! Les professeurs de français de France et Navarre vont apprécier eux-aussi, qui se plaignaient à l’inverse ces dernières années, des ravages de la langue techno-SMS-anglicisée… Un début de correctif?
Pour Laurent Mauriac, directeur général de Rue89, qui animait le débat, il s’agit tout simplement d’un retour aux fondamentaux de l’écriture journalistique, qu’on enseigne dans les écoles et formations de référence : faire court, savoir accrocher le lecteur dès le début, etc. Ou comment passer d’ »écrire pour être lu » à « écrire pour être influent »!
En effet, on peut penser que la pratique zélée des réseaux sociaux en ligne, force à repenser à l’écriture! Ce qui revenait un peu plus tard dans le débat, sur la question de l’orthographe : « qu’il faut savoir maîtriser, si l’on ne veut pas rebuter les personnes pour qui une faute est rhédibitoire« , commentait Fabrice Epelboin, entre autres éditeur de ReadWriteWeb.fr et avouant avec honnêteté un petit problème à cet endroit…
L’esprit de synthèse
En tant que professionnel, le responsable RH a noté aussi que « ces réseaux comme Twitter m’ont réappris le pragmatisme. Car quand l’on ne dispose que de 140 signes pour exprimer une idée, il faut aller à l’essentiel!« . Clair et précis, savoir être synthétique.
Finis alors, les rapports RH de 200 pages en PDF? Les notes de services de 2 pages en police 10, affichés sur le mur près de la machine à café? Non, sans doute pas, notre mécanique administrative bien française a encore de beaux signes de résistance… Mais disons que les canaux se démultiplient, et que ceux récents émanant du web forcent en effet à la concision et à un traitement informel. Voire à une nouvelle figure de management moderne : « Et si vous aviez 140 signes pour résoudre ce problème…? »
Etre un bon influent en contexte 2.0, serait-ce donc tout simplement… d’apprendre à écrire et formuler? La vision est un peu réduite, car il faut ajouter au moins trois autres ingrédients essentiels : la recommandation (le lien pertinent), l’expérience multimédia (image, audio, vidéo) et l’échange communautaire. Une écriture soignée et percutante certes, mais donc aussi sur-vitaminée!
Je ne peux qu’approuver cet article.
Bien écrire.. être percutant… mais cela ne suffit pas.
Il faut aussi être pertinent dans son contenu et dans son attitude, et maîtriser parfaitement le lien social (en 2.0 ou pas…)
Merci pour cet excellent article, bien ficelé.
Clairement, oui Gwenaelle. Je me suis concentré ici sur l’écriture, pour finir sur le contenu en ligne; mais il y a bien une sorte de « netiquette » (comme on l’appelait aux débuts du web), en cours de définition et qu’il va falloir généraliser sur les médias sociaux.
Ce lien social que vous citez est bien l’enjeu de donner du sens à notre frénésie d’échanges numériques, pour les inscrire et les développer mieux dans la vie réelle et notamment nos activités professionnelles. Au risque d’un décrochage au final démotivant, frustrant et improductif.
Vous avez eu une expérience particulière de cette dimension là, que vous souhaiteriez partager ici avec nos lecteurs?
Des expériences sur le net, j’en vis depuis prés de 15 ans… autant dire qu’il y a presque une grille de smileys sur mon certificat de naissance
Plus sérieusement, je m’intéresse très particulièrement aux stratégies de contenus, et au sujet des « trenders » ou « influenceurs ».
La majeure partie des personnes jugées influentes sur internet produisent très peu de contenu de qualité. (ergonomie, accessibilité, intérêt.. orthographe…).
D’un autre coté, on constate que des internautes essayent de produire des articles de qualité (et certains y arrivent en y ajoutant une plume élégante…), mais ne parviennent pas à se faire connaître.
La visibilité est un fer de lance bien difficile à appréhender pour la grande majorité des entrepreneurs.
Être visible « à n’importe quel prix » peut finalement aboutir à une stratégie du « grand n’importe quoi ».
Aussi,parmi les bloggers que je lis régulièrement, suis je parfois surprise de constater qu’ils cèdent aux sirènes du E-marketing, en diffusant des informations qui ne concernent pas leur métier, qu’ils ne maitrisent d’ailleurs pas vraiment… trahissant leur style, leur personnalité, pour tenter d’intégrer une plate-forme d’influence qui de toute façon ne leur apportera rien en terme de business;
A mon sens, leurs interventions perdent de leur pertinence, et donc de leur impact.
Mais ce n’est que mon ressenti…
C’est juste. On peut parfois noter que la qualité des contenus est inversement proportionnelle à la notoriété de certains influents. Twitter en est bon terrain…
Mais c’est ainsi aussi. Vous n’empêcherez jamais un VIP d’attirer plus qu’une personne qui ne l’est pas, même si ce qu’elle produit est au fond de meilleure qualité. Cette qualité étant par ailleurs subjective, relative et aléatoire dans le temps.
Il y a enfin ce fameux « personal branding », qui forcent certains à construire une plume comme un produit, à se vivre dans un marketing permanent. En plus du côté « jeu », grande cour de récré’ que prennent parfois les réseaux sociaux. Où l’effet importe plus que le fond.
Mon conseil perso? Tenter sa chance, construire son réseau à sa vitesse, rester honnête par rapport à ses convictions, communiquer pour rencontrer et y prendre enfin du plaisir.
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Yann Gourvennec est “intrapreneur en série” dans le domaine du Marketing et de l’innovation depuis 20 ans. Il est Directeur Internet, Médias Numériques & Sociaux chez Orange (http://orange.com). Il a par ailleurs créé le site visionarymarketing.com en 1996 qu’il anime toujours en plus de ses blogs. Il a notamment co-fondé Media Aces, Association des Professionnels des Médias Sociaux en Entreprise en 2009. Il est également aquarelliste et on peut consulter ses travaux sur son site L’antimusée et ses blogs français et anglais. Pour le contacter, cliquer sur le lien suivant http://visionarymarketing.com/fchcv.html
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