Démissionner à l’ère numérique 2.0

sun logoComme souvent, dans notre fol élan vers les nouvelles technologies et le web, notre enthousiasme débordant et naïf, on voudrait tout voir en rose. Ne croire qu’elles ne servent que des propos positifs, nobles, gentils… C’est un tort, ou pire un aveuglement. En tant que simples outils, elles peuvent faire le bien ou le mal, porter de bons ou de mauvais messages. Servir toutes sortes de causes, par exemple en gestion de carrière.

J. Schwartz

J. Schwartz

Je suis frappé de l’étonnement suscité par l’annonce, hier jeudi, de la démission du big boss de Sun, Jonathan Schwartz, par lui-même et sur son compte Twitter @openjonathan. Cela s’est passé en ces termes originaux : « Today’s my last day at Sun. I’ll miss it. Seems only fitting to end on a #haiku (1) Financial crisis/Stalled too many customers/CEO no more« . Certes, c’est encore peu banal dans l’univers cotonneux et polissé de la com’ des grandes entreprises. Mais quand même, à l’endroit de Sun, on ne doit pas jouer les surpris, et pour plusieurs raisons :

  • c’est une entreprise high tech et web de la première heure, celle qui a notamment porté la phase dite de la première « nouvelle économie » (1995/2001); à l’époque Sun était un cador, craint et envié à coups de valorisations ébouriffantes par les experts et analystes.
  • Schwartz ne débarque pas dans l’échange en ligne : il est un blogueur de longue date, et avait démarré son compte Twitter en avril 2008. Il est naturel qu’il utilise ces canaux pour sa communication, surtout au moment où il quitte son entreprise. Peut être moins de n’utiliser qu’un canal?

Il ne faut pas s’étonner aussi de cette modernisation de la procédure, car tout l’univers de la communication de recrutement a changé. Nous l’avons déjà vu sur ce blog, pour les nouvelles formes du CV. Quelques années plus tôt, on a surtout causé des managers virés par SMS, jusqu’à l’un des plus célèbres en télévision, j’ai nommé PPDA! Pourquoi une « démission » ne pourrait-elle pas emprunter les chemins du web 2.0, plutôt que se matérialiser par un désormais si banal mail en copie, à tout le personnel? Sur CNet.com, le blogueur Chris Matyszczyk invente même déjà un terme pour consacrer cela : le « Twitter quitter »; non sans manquer de mots durs pour cette forme que se permet un Schwartz sûr de lui, en seigneur du web. Une sorte de communication de geek, de développeur, en 140 signes et manquant singulièrement de formes managériales. Bien sûr, on aura pas été la petite mouche au pot qui s’est (ou pas) tenu dans les bureaux du siège de Sun.

D’ailleurs, dans le même temps, CNet se plaît à détailler l’adieu à Sun fait par l’autre patron de la boîte, Scott MacNealy, lui beaucoup plus empathique par rapport à son personnel et au projet d’entreprise originel, et y mettant la manière et le sentiment. Le choc du manager face au techy en somme…

Une trousse plus globale?

L’anecdote acte aussi cette nouvelle vision du réseau professionnel, qui passe bien par les réseaux sociaux en ligne, et plus seulement par son carnet d’adresses Outlook, ses cartes de visites et son secrétariat, etc. En terme de communication, on peut même se demander si l’on ne verra pas bientôt se développer des « dispositifs de communication de départ« . Soit des trousses à outils usant de plusieurs supports : un blog pour relater les faits, un compte Twitter pour buzzer, un groupe Facebook pour mobiliser des soutiens, un suivi pour rebondir… Ne riez pas, nous n’en sommes qu’aux premières mutations de l’ADN de l’entreprise.

Schwarz n’est d’ailleurs pas vraiment le premier sur ce coup. Les journalistes ont été paresseux à le vérifier, mais une rapide recherche Google nous remonte des précédents notoires : la journaliste norvégienne Heidi Norby Lunde serait la première (?) à l’avoir fait en mai 2009, suivi de peu par l’australien Brian Hartzer, le P-DG de la société Anz. Puis ont suivi les plus connus Tom Watson (juin 09), Paula Abdul (août 09), Jeffrey Pollack (nov. 09), etc.

Pour prolonger : sur le contexte de ce départ, sur le rachat de Sun par Oracle; sur le catalogue produit de Sun; sur l’histoire de Sun; terrible, je me rends compte qu’Oracle a déjà zappé l’adresse web internationale Sun.com… seul demeure pour l’heure fr.sun.com

(1) une forme de poésie japonaise courte et symbolique;

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Commentaires

  1. Etienne Leforestier dit:

    Je ne me fais aucun souci pour Jonathan Schwartz, tout cela est géré, et bien géré pour lui.
    Par contre, cela en dit long sur la valeur que l’Entreprise (en général) et Oracle en particulier donne à ses collaborateurs.
    Ce ne sont que des valeurs d’ajustement, et donc ils ne lui donneront que le stricte minimum, c’est à dire pas le meilleur d’eux-mêmes.


  2. laurent dupin dit:

    Vous voulez dire : on ne le lui a laissé que le stricte minimum pour s’exprimer lors de son départ? C’est à dire… un message en 140 signes?
    Sinon oui, pas seulement sous cet angle des « départs », il y a ce sentiment d’aliénation de plus en plus fort. Mais il n’y a pas que cela non plus… La période est malheureusement trop rude et trop destructrice pour permettre de l’aborder sereinement…


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